Acheter un bien immobilier en Andorre implique un parcours bancaire et administratif distinct de ce que connaissent les acheteurs français ou espagnols. Depuis mars 2025, deux textes législatifs ont profondément modifié les conditions d’accès au financement pour les étrangers : la Llei 5/2025 et la loi dite « omnibus ». Ces réformes touchent directement la capacité d’emprunt, le type de biens finançables et les garanties exigées par les banques andorranes.
Taxe sur l’investissement étranger et son effet sur le montage financier
La plupart des guides détaillent les frais de notaire ou l’impôt sur les transmissions patrimoniales (ITP). Ils passent sous silence une charge fiscale entrée en vigueur récemment : une taxe spécifique de 6 % ou 10 % sur l’investissement immobilier étranger, distincte de l’ITP, introduite par la loi 3/2024.
Le taux de 10 % s’applique aux acquisitions réalisées par des non-résidents qui ne s’engagent pas à établir leur résidence principale dans le bien. Le taux de 6 % concerne les investisseurs étrangers qui obtiennent un permis de résidence.
Ce surcoût fiscal a une conséquence directe sur le plan de financement. Les banques andorranes intègrent cette taxe dans le calcul du coût total d’acquisition. Le montant emprunté reste plafonné à un pourcentage de la valeur du bien (ou de son évaluation), mais l’acquéreur doit financer la taxe sur fonds propres. Concrètement, un acheteur étranger non-résident doit prévoir un apport total sensiblement plus élevé que ce qu’annoncent les simulations classiques basées sur le seul apport bancaire minimum.

Plafonds d’acquisition étrangers : ce que la Llei 5/2025 change pour les banques
La Llei 5/2025 du 6 mars 2025 impose un plafond quantitatif strict sur dix ans pour tout investisseur étranger. Les limites autorisées se résument à quelques configurations précises :
- Une seule parcelle construite pour un logement unifamilial, ou
- Un logement unifamilial accompagné de deux appartements ou studios au maximum (avec un nombre limité de parkings et débarras), ou
- Six places de stationnement au total
La même loi a quasi interdit la promotion immobilière par des investisseurs étrangers, sauf deux cas très encadrés. Ce point est déterminant pour le financement : aucune banque andorrane ne financera un projet de promotion porté par un véhicule étranger.
Pour un acheteur individuel, ces plafonds modifient la discussion avec la banque dès le montage du dossier. Le prêteur vérifie que le bien visé entre dans les quotas autorisés avant même d’analyser la solvabilité. Un refus d’autorisation administrative préalable – désormais systématique – rend tout engagement bancaire caduc.
Conditions de prêt immobilier en Andorre : taux, apport et durée
Trois banques dominent le marché du crédit hypothécaire andorran : MoraBanc, Creand (ex-Crèdit Andorra) et AndBank. Chacune applique des grilles différentes, mais les grandes lignes convergent.
Apport personnel exigé selon le profil
Pour une résidence principale, les banques financent en général jusqu’à 80 % du prix ou de l’évaluation du bien. Des cas exceptionnels à 90 % existent, réservés à des profils de résidents à revenus stables et documentés. Pour une résidence secondaire ou un investissement locatif, le financement descend à 60 % maximum.
Les arrhes versées lors de la promesse de vente représentent un minimum de 10 % du prix. Cette somme fait partie de l’apport et n’est pas remboursable si l’acquéreur se rétracte sans clause suspensive liée au prêt (les pratiques varient selon les contrats).
Taux et indexation
Les hypothèques à taux variable restent l’option la plus courante en Andorre. L’indexation se fait généralement sur l’Euribor, avec une marge bancaire ajoutée. La durée maximale courante est de 25 ans, avec des conditions liées à l’âge de l’emprunteur au terme du prêt.
Les retours terrain divergent sur la compétitivité réelle des taux andorrans par rapport à la zone euro. Sur certaines durées, les banques andorranes affichent des taux comparables, voire légèrement inférieurs. En revanche, les frais de dossier et les garanties complémentaires (assurance vie, domiciliation de revenus) peuvent effacer cet avantage apparent.
Dossier bancaire en Andorre : pièces et points de blocage fréquents
Le système bancaire andorran fonctionne davantage sur un modèle de banque privée que de banque commerciale de masse. L’analyse du dossier porte sur la capacité de remboursement, mais aussi sur l’origine des fonds et la cohérence patrimoniale globale.
Les pièces demandées dépassent ce qu’exigerait une banque française pour un prêt résidentiel classique :
- Justificatifs de revenus sur plusieurs années (pas seulement les derniers bulletins de salaire)
- Déclarations fiscales du pays de résidence, parfois sur trois exercices
- Attestation de l’origine des fonds pour l’apport, avec traçabilité bancaire complète
- Autorisation d’investissement étranger délivrée par le gouvernement andorran (obligatoire avant toute signature définitive)
Un point de blocage récurrent concerne les travailleurs indépendants ou les dirigeants de sociétés étrangères. Les banques andorranes peinent à évaluer des revenus variables ou des montages holding complexes. Un dossier refusé par une banque peut être accepté par une autre, les critères d’appréciation variant significativement entre les trois établissements.

Autorisation d’investissement étranger : calendrier et impact sur le financement
Depuis la Llei 5/2025, l’autorisation administrative préalable est systématique pour tout acheteur étranger. Le délai d’instruction varie, et cette incertitude temporelle complique le montage financier.
Les banques conditionnent généralement leur offre de prêt à l’obtention de cette autorisation. Le calendrier de la transaction s’en trouve allongé par rapport à un achat entre résidents andorrans. Un compromis de vente signé sans clause liée à l’autorisation expose l’acheteur à perdre ses arrhes en cas de refus administratif.
Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur un taux de refus précis, mais les praticiens constatent que les dossiers incomplets ou dépassant les plafonds quantitatifs sont systématiquement rejetés. La vérification en amont, avant même la recherche de financement, évite des mois perdus.
Le marché immobilier andorran reste sous tension, avec une demande qui dépasse l’offre dans les paroisses les plus recherchées. Cette pression rend les vendeurs moins enclins à accepter des clauses suspensives longues, ce qui place l’acheteur étranger dans une position de négociation délicate face à un résident qui n’a pas besoin d’autorisation préalable.

