Augmenter le loyer : ce que peut faire un nouveau propriétaire ?

La promesse d’une liberté retrouvée pour le bailleur, sitôt la vente conclue, relève du mirage. Changement de propriétaire ou pas, la loi verrouille le jeu : le loyer n’obéit pas à la simple volonté du nouvel acquéreur. Les textes sont là, précis, têtus. Durée du bail, dernière révision, indice de référence : autant de verrous qui ne sautent pas à la faveur d’une signature chez le notaire.

Néanmoins, certains cas de figure ouvrent une brèche, notamment après des travaux conséquents ou en cas de loyer notoirement en dessous du marché. Mais ces exceptions n’échappent pas à des démarches strictes, des délais formels. Même avec un nouveau visage à la barre, le locataire reste protégé par une mécanique encadrée, où la marge de manœuvre ne s’invente pas.

Nouveau propriétaire : ce qui change (ou pas) pour le loyer en cours de bail

L’arrivée d’un nouveau propriétaire dans un logement déjà loué ne chamboule pas les droits du locataire. Le contrat de bail signé avec l’ancien bailleur garde toute sa force : montant du loyer, durée, dépôt de garantie, caution, tout subsiste à l’identique. Le nouvel acquéreur a l’obligation de respecter le bail en place, jusqu’à son échéance, sans discussion.

Un passage de témoin s’organise alors. Le propriétaire entrant doit notifier le locataire, par écrit, de ses coordonnées et des modalités de paiement. L’ancien bailleur remet au nouveau l’ensemble des documents relatifs à la location lors de la vente, y compris le bail. Le dépôt de garantie accompagne le logement : c’est bien au nouveau propriétaire qu’il revient d’en assurer la restitution à la fin du bail.

Modifier le contrat, même sur un point mineur, n’est possible qu’avec l’accord explicite du locataire : aucune avenant au bail ne peut s’imposer sans son feu vert. Si le locataire refuse, rien ne bouge. Quant à la caution, elle continue de s’appliquer, sauf si le contrat initial l’a écartée.

Parfois, la gestion locative passe par une agence immobilière. Mais la présence d’un intermédiaire ne dispense ni des règles, ni des documents : le nouveau propriétaire doit pouvoir présenter à tout moment les pièces du dossier si le locataire en fait la demande.

Pour mieux s’y retrouver, voici un tableau qui résume le rôle et les obligations de chaque acteur :

Acteur Obligation Condition
ancien propriétaire transmet le bail lors de la vente
nouveau propriétaire respecte le bail existant durant la période du bail
locataire paye le loyer aux nouvelles coordonnées après notification

Peut-on augmenter le loyer dès l’achat d’un logement occupé ?

Un nouveau propriétaire ne peut pas décider, sur un coup de tête, de revoir à la hausse le montant du loyer dès qu’il récupère les clés. Le contrat de bail existant a valeur de loi : mêmes conditions, mêmes limites, mêmes droits pour le locataire. Sans base légale ou accord formel du locataire, toute augmentation de loyer est exclue.

Il y a toutefois une exception : la présence d’une clause de révision annuelle, souvent indexée sur l’indice de référence des loyers (IRL). Si cette clause figure dans le bail, la révision s’applique comme prévu, selon la méthode inscrite au contrat. Sinon, aucune hausse n’est possible avant la fin du bail, sauf si le locataire accepte un avenant.

Voici, pour y voir plus clair, les différents points à retenir :

  • Une modification unilatérale du bail par le propriétaire n’a aucune validité.
  • Le renouvellement du bail permet de revoir le loyer, mais à des conditions strictes : loyers de comparaison à l’appui, notification en recommandé, préavis respecté (six mois pour une location vide, trois pour un meublé).
  • La lettre de congé ne sert qu’à vendre, reprendre ou pour motif légitime, jamais à augmenter le loyer en cours de bail.

En pratique, le nouveau bailleur doit donc faire preuve de patience, bien analyser le contenu du bail, et se tenir à la législation. Vouloir augmenter le loyer dès l’achat, c’est risquer de se heurter à la protection du locataire et à la rigidité du contrat signé.

Les règles légales à connaître avant toute hausse de loyer

Avant toute perspective de hausse de loyer, le propriétaire doit composer avec un cadre réglementaire solide. Première limite : l’encadrement des loyers dans les zones tendues (Paris, Lyon, Lille, Montpellier, Bordeaux, etc.), où le loyer de référence majoré sert de plafond strict, sous peine de sanction. Hors de ces villes, seul l’indice de référence des loyers (IRL) publié chaque trimestre par l’INSEE fait foi.

Interdiction de hausse pour certains logements

Les logements classés F ou G au DPE sont sous cloche : impossible d’augmenter le loyer, même au renouvellement du bail. Un diagnostic de performance énergétique défavorable ferme toute porte. Dès 2025, les biens classés G ne pourront même plus être mis en location.

Pour distinguer les différents cas de figure, voici les règles à garder en tête :

  • En zone tendue : le loyer ne peut pas dépasser le plafond de référence majoré.
  • En zone non tendue : seule la progression de l’IRL est autorisée.
  • Après travaux : une hausse peut être envisagée si elle est justifiée et prévue dans le bail.
  • Notification : toute demande de hausse doit être envoyée par lettre recommandée au moins six mois avant la fin du bail.

La révision annuelle n’est possible que si une clause le prévoit dans le bail. Si le propriétaire demande une augmentation exceptionnelle (après des travaux ou pour loyer sous-évalué), il doit présenter des références de loyers ou des factures. La loi impose méthode et cohérence, sans place pour l’improvisation.

Femme en tenue professionnelle examine des documents au bureau

Conseils pratiques pour réagir face à une demande d’augmentation

Recevoir une notification de hausse de loyer de la part d’un nouveau propriétaire peut surprendre. Avant toute réaction, prenez le temps de relire le contrat de bail : il reste pleinement valable, même après la vente du logement. Aucun bailleur ne peut changer unilatéralement le montant du loyer, sauf si une clause de révision annuelle ou une réévaluation après travaux d’amélioration le prévoit explicitement.

Examinez attentivement la notification. Respect des délais, forme du courrier (lettre recommandée), préavis de six mois pour une location vide : chaque détail compte. Comparez le montant proposé aux loyers du marché local, en particulier dans les zones tendues où le plafonnement s’applique.

En cas de désaccord, il est possible de saisir la commission départementale de conciliation. Cette démarche, gratuite pour locataire comme propriétaire, peut permettre de trouver un compromis. Si la médiation n’aboutit pas, le dossier peut aller devant le juge des contentieux de la protection.

Adoptez ces réflexes pour défendre au mieux vos intérêts :

  • Demandez au propriétaire tous les justificatifs nécessaires : loyers de comparaison, factures de travaux.
  • Vérifiez la conformité avec les plafonds légaux, l’IRL et le classement énergétique du logement.
  • Faites-vous accompagner par un professionnel de la gestion locative ou consultez une association de défense des locataires en cas de doute.

Rester vigilant, s’informer et agir vite : ce triptyque fait la différence pour éviter de subir une hausse injustifiée. Face à la tentation de l’augmentation sauvage, la loi trace des frontières claires. Locataire ou bailleur, chacun a intérêt à s’y référer, sous peine de voir le rapport de force tourner à l’avantage du mieux préparé.

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